La teigne du cheval inquiète assez vite quand elle apparaît dans une écurie. Une plaque ronde sans poils sur l’encolure, une zone croûteuse sous la selle, un poil qui tombe en petites touffes… Vous pensez d’abord à un frottement, à une blessure légère ou à une réaction au matériel. Puis une deuxième plaque arrive. Un autre cheval présente la même chose quelques jours plus tard. Là, le doute devient plus sérieux.
La teigne, aussi appelée dermatophytose, est une maladie de peau due à des champignons microscopiques. Elle touche le poil et la couche superficielle de la peau. Elle se transmet entre chevaux, mais aussi par les brosses, les tapis, les couvertures, les licols ou les mains. C’est pour cela qu’elle demande une réaction assez rapide, même si elle ne met pas la vie du cheval en danger.
Voir aussi : photosensibilisation chez le cheval : comprendre, soigner et protéger sa peau
Qu’est-ce que la teigne chez le cheval ?
La teigne est une mycose cutanée. Elle est provoquée par des dermatophytes, des champignons qui se nourrissent de kératine. La kératine se trouve dans les poils, la peau et les sabots. Chez le cheval, les agents rencontrés appartiennent surtout aux genres Trichophyton et Microsporum.
Le nom “teigne” peut prêter à confusion. Beaucoup de personnes imaginent un parasite visible, comme un pou ou un acarien. Ici, le problème vient d’un champignon. Vous ne le voyez pas à l’œil nu. Vous voyez ses effets : poils cassés, zones dépilées, squames, croûtes.
La maladie se développe plus facilement quand la peau est fragilisée. Un frottement de sangle, une couverture humide, un pansage trop appuyé ou une petite irritation peuvent ouvrir la porte. Les jeunes chevaux, les chevaux âgés, les animaux fatigués ou ceux qui vivent en groupe serré y sont plus exposés.
La teigne circule aussi très bien dans les lieux où le matériel passe d’un cheval à l’autre. Une brosse utilisée sur un cheval atteint peut transporter des spores. Un tapis mal lavé peut entretenir la contamination. C’est l’une des raisons pour lesquelles les foyers de teigne prennent parfois une ampleur pénible dans les clubs et les pensions.
Les signes qui doivent vous alerter
Le signe le plus connu reste la plaque ronde sans poils. Elle peut faire penser à une pièce de monnaie posée sur la peau. Mais la teigne ne se présente pas toujours avec un cercle net. Certaines lésions sont irrégulières, petites, multiples ou recouvertes de croûtes.
Vous pouvez observer :
| Signe visible | Ce que vous voyez sur le cheval |
|---|---|
| Perte de poils | Plaques dépilées, rondes ou irrégulières |
| Croûtes | Petites zones épaisses, sèches ou grisâtres |
| Squames | Peau qui pèle, aspect farineux |
| Poils cassés | Poil court, rêche, comme coupé près de la peau |
| Extension | Nouvelles plaques sur l’encolure, le dos, la tête ou le passage de sangle |
La teigne ne gratte pas toujours. Certains chevaux ne semblent pas gênés. D’autres se frottent, surtout si les croûtes tirent ou si la zone se trouve sous le matériel. L’absence de démangeaison ne permet donc pas d’écarter la maladie.
Les zones touchées varient. Vous pouvez voir des lésions sur la tête, autour des yeux, sur l’encolure, les épaules, le poitrail, le dos, le passage de sangle ou les flancs. Dans une écurie, les premières plaques passent parfois inaperçues sous le poil d’hiver. Le problème devient visible au pansage, quand les poils partent avec une petite croûte au bout.
Comment la teigne se transmet dans une écurie
La teigne se transmet par contact direct avec un cheval atteint. Elle se transmet aussi par contact indirect. C’est le point le plus agaçant pour les propriétaires, car les spores peuvent survivre dans l’environnement pendant longtemps.
Une brosse, une étrille, un tapis, une couverture, une longe, une porte de box, une barre d’attache ou une selle peuvent porter des spores. Si vous touchez un cheval atteint puis un autre cheval sans vous laver les mains, vous pouvez aussi participer à la diffusion.
Le risque augmente dans certains contextes : arrivée d’un nouveau cheval, concours, transport collectif, pension avec matériel partagé, période humide, chevaux couverts pendant de longues heures, boxes mal ventilés. Les spores aiment les endroits où le nettoyage est incomplet et où les textiles sèchent mal.
Un exemple courant : un cheval présente deux plaques sur l’épaule. Son propriétaire pense à un frottement de couverture. La couverture reste en service. Les brosses sont rangées avec celles des autres. Une semaine plus tard, deux chevaux voisins ont des lésions sur l’encolure. La teigne n’a pas eu besoin d’un grand événement pour circuler. Elle a profité des gestes du quotidien.
Ce que le vétérinaire peut vérifier
Face à une suspicion de teigne, vous pouvez limiter les contacts et appeler votre vétérinaire. L’examen clinique donne déjà des indices, mais il ne suffit pas toujours. D’autres maladies de peau peuvent ressembler à la teigne : dermatophilose, gale, allergies, frottements, piqûres d’insectes, folliculite, réaction à un produit de soin.
Le vétérinaire peut prélever des poils et des squames au bord des lésions. Ces prélèvements peuvent être examinés au microscope ou mis en culture. La culture permet d’identifier le champignon, mais elle demande du temps. Dans certains cas, le traitement commence avant le résultat si le tableau est très évocateur et si le risque de contagion est élevé.
La lampe de Wood, utilisée dans certaines espèces, n’est pas toujours utile chez le cheval. Elle peut aider dans quelques situations, mais elle ne remplace pas un prélèvement quand le doute persiste.
Un diagnostic correct évite deux erreurs fréquentes. La première serait de traiter une autre maladie comme une teigne, avec un résultat décevant. La seconde serait de sous-estimer une teigne réelle et de laisser les spores se diffuser dans toute l’écurie.
Traiter la teigne : les soins sur le cheval
Le traitement repose surtout sur des soins antifongiques locaux. Le vétérinaire peut prescrire une solution ou un shampoing adapté, à appliquer selon un rythme précis. Certains produits se diluent. D’autres se posent sur les zones atteintes et autour. Il faut respecter les consignes, car une application trop légère ou trop courte laisse des spores sur le poil.
La tonte locale peut aider quand le poil est dense. Elle facilite le contact entre le produit et la peau. Elle réduit aussi la quantité de poils contaminés. Cette tonte doit se faire avec prudence, car la tondeuse peut transporter des spores. Après usage, elle doit être nettoyée et désinfectée.
Il faut éviter de gratter les croûtes avec force. Vous risquez d’irriter la peau et de disperser des éléments contaminés. Mieux vaut ramollir les croûtes selon les conseils du vétérinaire, puis nettoyer calmement la zone.
Les cas étendus ou rebelles demandent parfois un traitement plus poussé. Le vétérinaire peut adapter la prise en charge selon l’âge du cheval, l’étendue des lésions, son état général et le contexte de l’écurie.
Vous verrez généralement une amélioration progressive. Les croûtes diminuent, la peau retrouve un aspect plus sain, puis les poils repoussent. La repousse peut prendre plusieurs semaines. Une plaque sans poils après traitement ne veut pas toujours dire que la teigne est encore active.
Nettoyer l’environnement sans se disperser
Traiter le cheval sans nettoyer son environnement donne de mauvais résultats. Les spores peuvent rester sur les objets et relancer la contamination. C’est la partie la moins agréable, mais elle compte beaucoup.
Commencez par isoler le matériel du cheval atteint. Ses brosses, tapis, couvertures, protections et licols ne doivent plus servir aux autres chevaux. Lavez les textiles quand c’est possible. Nettoyez d’abord la matière organique : poils, poussière, boue, sueur. Un désinfectant agit moins bien sur une surface sale.
Les brosses et petits objets peuvent être lavés puis désinfectés avec un produit compatible avec le matériel. Les couvertures demandent un lavage adapté. Le box, les murs accessibles, les mangeoires, les portes et les points de frottement méritent aussi un nettoyage.
Portez des gants lors des soins. Lavez-vous les mains après chaque manipulation. Changez de vêtement si vous devez vous occuper d’autres chevaux. Ces gestes paraissent contraignants, mais ils évitent de transformer un cas isolé en épisode collectif.
Faut-il isoler le cheval atteint ?
Oui, autant que le contexte le permet. L’isolement réduit les contacts directs. Il évite aussi que le cheval malade frotte les mêmes barrières, les mêmes portes ou les mêmes couvertures que les autres. Dans une pension, cela demande une organisation claire avec le gérant.
L’isolement ne veut pas dire enfermer le cheval sans sortie. Vous pouvez garder un rythme de soins et de mouvement, selon l’avis du vétérinaire et les possibilités du lieu. L’idée est de limiter les échanges de matériel et les contacts rapprochés.
Évitez les concours, stages, transports groupés et séances avec matériel partagé tant que la situation n’est pas maîtrisée. Informez les personnes qui manipulent le cheval. Une teigne cachée par gêne ou par peur des remarques se diffuse plus facilement. Dans une écurie, la transparence protège tout le monde.
La teigne peut-elle se transmettre à l’humain ?
Oui, certaines teignes du cheval peuvent se transmettre à l’humain. Le risque concerne surtout les personnes qui touchent les lésions, pansent le cheval, manipulent les couvertures ou nettoient le matériel. Les enfants, les personnes immunodéprimées et celles qui ont des petites plaies cutanées doivent être plus vigilantes.
Chez l’humain, la teigne peut donner une plaque rouge, ronde, qui pèle et démange. Si vous observez une lésion après avoir manipulé un cheval atteint, consultez un médecin. Signalez le contact avec un cheval suspect ou confirmé. Cela aide à orienter le diagnostic.
Pendant les soins, portez des gants. Évitez de coller votre visage au cheval atteint. Lavez les vêtements utilisés à l’écurie. Gardez les affaires contaminées loin de la maison, surtout si vous avez des enfants ou des animaux domestiques.
Limiter les récidives et protéger le groupe
Une fois l’épisode passé, le but est de réduire les occasions de retour. Vous ne pouvez pas rendre une écurie stérile, et ce n’est pas souhaitable. Vous pouvez en revanche mettre en place des habitudes solides.
Attribuez un kit de pansage à chaque cheval. Lavez les tapis et couvertures à intervalles réguliers. Séchez bien le matériel avant de le ranger. Contrôlez la peau des chevaux à l’arrivée dans l’écurie, surtout après un achat, un retour de concours ou un séjour ailleurs. Une petite période de séparation à l’arrivée peut éviter bien des soucis.
Surveillez les zones de frottement. Une sangle sale, une couverture mal ajustée ou un tapis humide fragilise la peau. Gardez aussi un œil sur l’état général du cheval. Un animal fatigué, amaigri ou stressé résiste moins bien aux infections cutanées.
La teigne du cheval se gère mieux quand vous agissez tôt. Repérez les plaques, limitez les contacts, demandez un avis vétérinaire, traitez la peau et nettoyez le matériel. La maladie est contagieuse, parfois tenace, mais elle se contrôle avec une méthode rigoureuse et des gestes réguliers.


